Jour 7 : this is the end

Xavier c’est pas vraiment le genre de mec qui se plaint. Alors quand ce matin il a répondu « mmh, si peut-être un peu quand même » à mon « ça va je t’ai pas trop dérangé avec ma toux cette nuit ? »,  j’en ai déduit que je lui avais vraiment pourri ses heures de récupération … désolé Xav’ 🙂

Dernier match de l’équipe de France

Il s’agit d’un match de reclassement pour le triple homme (reclassement 5-6 face à l’Allemagne), qui a été avancé à 8h30, on se chauffe donc dès l’arrivée dans le gymnase. Etienne ne peut pas attaquer, donc je me fais des séries de smashs pour pouvoir être opérationnel dès les premiers points. Les allemands : Noah, Torben et Christopher. Je rentre sur le terrain avec le mantra « c’est possible mec, c’est possible ! » et on démarre un match correct mais sans surprises. J’arrive à attaquer régulièrement (sans que ce soit un taux de réussite irréprochable), mais les allemands n’ont aucun mal à défendre contre mes smashs. Il faut dire qu’un seul attaquant en triple, c’est tout de suite plus lisible. Le début du premier set, les deux scores restent serrés jusqu’à 8 environ, ponctués d’erreurs de part et d’autre. Puis les allemands commencent à décoller et sont plus réguliers sur leurs attaques, qu’on a d’ailleurs du mal à gérer d’un point de vue défensif. Je propose un peu tardivement de défendre sans contrer, ça porte ses fruits pendant quelques points, puisque Xavier et Etienne sont particulièrement vifs en récupération au sol, mais cela ne nous suffit pas à prendre le dessus. Le deuxième set se passe sensiblement comme le premier : des échanges avec des constructions de part et d’autre, quelques défenses et contre-attaques, mais … les allemands sont juste plus efficaces.  Pour la seule fois de cette compétition, je ressors de ce match comme il m’arrive parfois durant les tournois nationaux (pourtant je vous jure qu’avant la plume j’étais pas mauvais perdant !) : le visage fermé je n’ai ni envie d’en parler, ni envie de rester avec les autres, juste ruminer dans mon coin cette défaite en me répétant « putain on aurait pu mieux faire ». Sur le moment je me souviens m’être dit que je laisserai un paragraphe blanc dans l’article, parce que ça me saoûlait de revenir sur cette rencontre, apparemment je ne reste pas mauvais perdant trop longtemps … Je pense que ce qui me frustre le plus c’est de me dire que la formation d’en face n’avait même pas mis toute leur puissance : sans David (blessé), sans aucun des deux Philipp (enfin si, je crois que Münzer est rentré au second set), avec Noah comme attaquant principal, les allemands ont joué petit face à nous et c’est passé. On aurait au moins dû les remuer et leur faire revoir la composition de leur équipe sur un des sets !

Je respire la joie de vivre hein ?

Derniers matchs de triples

C’est en partie Antho et Xavier qui me sortent de mon état grincheux, venant s’asseoir à côté de moi pendant la petite finale du triple homme. Xavier aura la phrase clé, qui peut paraître simplissime à froid mais c’était pourtant exactement ce qu’il me fallait : « ils sont juste meilleurs que nous en triple, on doit encore bosser cette épreuve ». Et effectivement, avec un championnat national de triple et des rencontres tout au long de l’année, les allemands ont une expérience de sans commune mesure avec la nôtre puisque notre seule occasion en France de bosser le triple, c’est l’Open (notre championnat ne contient que du double et du simple).

Je passe rapidement sur les petites finales de triple en notant juste que Hong Kong a pulvérisé la Hongrie chez les hommes. Ce n’est pas courant mais de la tension était perceptible dans le triple hongrois : encore une fois pour cette épreuve la mauvaise ambiance entre les joueurs est létale. Les deux finales de triples sont ensuite brillamment emportées par les vietnamiens face aux chinois, les premiers étant incontestablement au dessus cette année : 5 médailles d’or sur les 7 épreuves ! La balle de match de la finale hommes fut l’un des points les plus haletants de la compétition, je vous invite à la regarder ici :

Tout le match est super mais à partir de la 52ième minute c’est juste dingue, les chinois vont quand même contrer à 3 contre le viet, c’est vous dire violence du gars !

Cérémonie de clôture

Une fois les matchs terminés, retour à l’hôtel pour déjeuner. Au repas Justine tapote un verre de son couteau : elle souhaite nous dire quelques mots pour nous féliciter de la bonne ambiance dans l’équipe, du fait qu’on s’est serré les coudes, de nos résultats et de notre présence ici. Je suis très agréablement surpris de cette initiative qui montre – je trouve – une forme de maturité et une bonne intuition de l’importance que c’est d’exister en tant que groupe dans une compétition de ce type. Ralala ces p’tits jeunes qui grandissent vite sans qu’on ait le temps de s’en rendre compte (bon, tant qu’ils jouent au foot dans le couloir de l’hôtel en criant comme pas possible y a encore de la marge) !

Après le repas, retour au gymnase, pour la cérémonie de clôture.

Les équipes attendent d’être appelées … Vous voyez l’indien en bas à droite qui tient son portable dans les mains ? Retenez-le c’est important pour la suite.

Les photos centrées, c’est surfait.

Toutes les occasions sont bonnes pour être pris en photo avec un champion du monde. Qu’en dis-tu, Micheline ?

La cérémonie de clôture c’est en général un moment assez douloureux, dans tous les sens du termes. Déjà on a mal partout parce qu’on est plein de courbatures et qu’on doit rester debout pendant je ne sais combien de temps. Ensuite on doit se taper les discours de remerciements d’abord en chinois puis en anglais (je ne sais pas lequel des deux est le pire), et tous les officiels y passent (en Asie on déconne pas avec ça) : toute une série de bonhommes endimanchés qu’on n’a pour la plupart pas vus de la semaine, et qui sont remerciés sous les feux des projecteurs alors que pas un mot n’a été dit pour Manfred Kwok (le vrai organisateur de la compétition), que j’irai remercier personnellement ensuite avec Luca parce que bon faut pas déconner. Mais le supplice ne s’arrête pas là, pour chaque épreuve, il y a un podium, avec appel de chaque joueur/joueuse et surtout … l’hymne national pour les médaillés d’or. Je vous l’ai dit : le Vietnam a gagné 5 médailles (et la Chine 2), donc 5 fois on verra l’étoile jaune se lever sur fond musical patriotique avec une qualité de son à en faire saigner les oreilles (sauf June qui devait être la seule personne de la salle à se les boucher). Il y avait quand même des moments sympas hein, notamment de voir Sven et Philip (le duo allemand) convoqués sur le podium, la classe 😀

Les seuls européens sur le podium cette année, bravo !

Ah ! J’oubliais ! Vous vous souvenez que le jour de l’Assemblée Générale de l’ISF j’ai évoqué la candidature de la France pour les prochains championnats du monde. J’ai bien dit « évoqué », je m’y étais pris avec 18 pincettes en précisant bien qu’il nous fallait d’abord une deadline pour donner une réponse ferme, que rien n’était fait etc. Bon, eh bien en conclusion de ses remerciements à la cérémonie, le président de la Hong Kong Shuttecock Association a rien trouvé de mieux que de lancer un « I look forward to seeing you in two years in France for the next world championships », bon ben écoute si tu le dis c’est que c’est vrai alors … Il a repassé une couche plus tard le soir au dîner, plusieurs équipes sont donc venues me remercier (??) de l’organisation de ces championnats … Gloups, il nous reste plus qu’à trouver un endroit où les organiser alors 😀

Dîner de clôture

Le soir même le comité d’organisation a prévu un « petit » dîner. Franchement, comme on dit : ils nous ont mis bien. Hôtel cinq étoile, dans une salle gigantesque avec une vue plongeante sur Hong Kong, on a eu droit à un buffet qui n’avait vraiment rien à voir avec la nourriture de la semaine.

Ils nous ont é-cla-tés (à lire avec l’accent du sentier)

Déjà, les plats chauds étaient chauds. Ensuite c’était varié (on dépassait un peu le clivage western/chinese des tickets repas), généreux (pas besoin de négociation pour un re-fill) et savoureux ! Petit coup de stress avant de partir pour le dîner : on reçoit (peut-être une heure avant de partir) un message de Kay nous annonçant qu’une petite prestation est attendue de notre part, pas grand chose hein : « you can sing, or you can dance, you do like you want ! » Elle est cool Kay hein, mais qu’est-ce qu’elle est à la rue quand même, on va pas improviser un truc à l’arrache là comme ça ! C’est comme à Ùjszász sauf que là on est pas dans un tout petit village entourés d’hongrois, on doit s’afficher dans un hôtel 5 étoiles avec des gens de tous les pays qui nous regardent. On attend de voir si des nations vont s’y coller ou si on va réussir à lancer une petite mutinerie pour ne pas se ridiculiser à tour de rôle gratuitement … mais bien sûr. C’est la Chine qui ouvre la scène, on est en Asie quand même, BIM écran géant, BIM karaoké, BIM une des joueuses chinoises se met à chanter à en donner la chair de poule avec des vocalises d’opéra. Ensuite le président de la Hong Kong Shuttlecock Association monte « on stage » et se met à chanter lui aussi, et là ça dégénère, l’un des deux indiens (celui de la photo ci-haut) que j’avais repéré au meeting de l’ISF quand il avait pris le micro pour « remercier le Vietnam pour l’organisation des beach Asian games parce que la nourriture y était quand même très bonne », le mec il doit avoir 60 piges, il monte tout seul sur scène alors que le président Hong Kongais est en train de chanter et là … il danse. Je peux pas dire qu’il danse particulièrement bien d’ailleurs je sais même pas si la chanson en question était dansable (en fait à la réflexion pas du tout), mais c’est juste qu’il est à un tel niveau d’enthousiasme et de conviction qu’on ne peut pas le regarder sans sourire et taper des mains. Puis ça s’enchaîne, les viets montent sur scène et le deuxième coach, celui-qui-ne-sourit-jamais, prend le micro et monte dans les aigus sur une chanson en gloire au Vietnam, j’hallucine complètement. Les indiens reviennent ensuite, et nous refont un coup de Bollywood à deux cette fois avec un autre gars au micro et le même papy pour la chorégraphie ; puis c’est le tour de Macau qui se met à lancer un concours de bière sur scène (quand je vous dis que ça dégénère) en demandant à chaque équipe d’envoyer un représentant qui devra vider une canette le plus vite possible. Je bois pas, Xav non plus, Antho et les filles le sentent pas, et c’est donc Etienne (soliiiiiiiiide !) qui va représenter la France pour l’épreuve la plus sportive de la semaine. Il fait ce qu’il peut mais en face c’est des entonnoirs les mecs, ils en sont à percer le cul de la canette et la décapsuler du dessus, pour l’écraser dans leur main afin que ça coule plus vite. On sait pas bien qui l’emporte, mais je revois Luca vider les dernières gouttes de sa canette sur son crâne dans un moment d’euphorie générale. Énorme. Comme les nations s’enchaînent les unes après les autres, on se regarde et on se dit mais … on va faire quoi quand ils nous appellent ? Réunion de crise avec les allemands et Luca, « OK, we play as one, we do this thing together ». Idée de Justine : on fera une macarena, voilà c’est très bien parfait ! Bon c’est juste qu’entre temps tous les pays sont passés et puisque les allemands ont été appelés sans y aller, finalement les appels sur scène sont annulés. On reste encore un peu sur place à naviguer d’une table à l’autre, la soirée est ponctuée des « TINTE TONER ?! SMP !!! » des allemands, il s’agit du sponsor qui a financé leur tenue, David a eu l’idée de lancer cet appel plusieurs fois, vidéos à l’appui … il a de la suite dans les idées le bonhomme.

De retour à l’hôtel, on lance vite l’opération échange de maillots car les viets ont déjà commencé à aller se coucher, et l’opportunité d’échanger avec un champion du monde on ne l’a que tous les deux ans ! Heureusement Antho avait joué fin et déjà commencé à en parler avec eux en précisant quels maillots nous intéressaient, on se retrouve donc avec le coach du vietnam (qui – m’a dit Luca – vient de déposer une belle galette après s’être mis une race avec la coach chinoise, la rivalité n’existe donc que sur le terrain !) à frapper aux portes des différents joueurs, on en réveille certains, on est gêné, mais ils sourient, donc nous aussi en disant « cam on, cam on ».  Et tout le monde a droit à son petit souvenir des championnats. Antho en a d’ailleurs profité pour proposer au coach vietnamien de venir à Marseille pour effectuer un stage d’entraînements pour les joueurs marseillais, et il a accepté !

Tout le monde n’était pas encore arrivé ..

Cette séance d’échange terminée, direction les chambres des allemands, c’est toujours là que les compétitions internationales se terminent. On se retrouve rapidement à être une petite trentaine dans cette chambre surclimatisée dans laquelle il fait habituellement si froid (j’ai dormi avec 2 couettes la nuit passée) mais là on crève de chaud et on ne peut pas ouvrir les fenêtres. Ça picole, ça rigole, ça vide des canettes de bières ou des shots de sky et au milieu de ça je vois le boucher chinois (le grand chargé des dragons) prendre une feuille de papier et … oui c’est ça on dirait qu’il est en train d’essayer d’expliquer un truc aux allemands, alors je me rapproche, j’essaie de suivre. En fait c’est incompréhensible. Le pauvre Sven lui avait juste demandé : comment travailler l’impulsion pour le contre, et en guise de réponse il a eu droit à ça :

Le flou (artistique) sur cette photo est volontaire et représentatif de l’ambiance qui régnait dans cette chambre 😀

De mon côté j’ai fait une petite séance de débrief avec Christopher, contre qui je jouais le matin l’épreuve de triple. Ces moments d’échanges sportifs en dehors du terrain sont tout autant bénéfiques, et Christopher n’est pas avare de conseils : il nous reste pour lui encore trop de fautes techniques, même si on n’en fait que 2 sur un matchs, à 2 par joueurs ça fait 6 c’est déjà beaucoup trop. Pour le triple il faut bosser à tout prix les attaques en trois touches afin de pouvoir se débarrasser d’un contreur qui serait un peu trop gênant (comme ce fut le cas de Torben ce matin). Il n’est pas besoin de faire du trois touches systématiquement, mais juste ce qu’il faut de variation pour que la défense d’en face ne puisse pas lire systématiquement nos attaques. Enfin, le meneur de jeu dans le triple c’est le passeur, à lui de choisir les zones d’attaques : il doit suffisamment connaître ses attaquants pour savoir que si il la place à tel ou tel endroit du filet, le smash pourra arriver à tel ou tel endroit. J’enregistre tout ça dans un coin de mon cerveau, on verra la saison prochaine …

Il doit être 1h du mat’, on a déjà hurlé plusieurs fois « TITEN TONER ?! SMP !! » et je vous assure qu’à 30 ça fait du boucan, les taiwanais nous ont rejoints, les chinois aussi et là BAMBAMBAM ça frappe à la porte, on s’y attendait un peu … c’est le mec de la réception qui nous dit qu’on doit faire moins de bruit ou alors descendre au lobby. À peine quelques minutes après qu’il soit parti, la soirée reprend, à peine moins fort qu’avant et là rebelotte BAMBAMBAM, bon … on imagine qui est derrière la porte, sûrement encore le mec de la réception … et qui on trouve ? Gabor et Zsolt, les hongrois, avec dans la main leur fameuse bouteille en plastique qui donne tant envie de boire leur Palinka, un hurlement d’accueil les invite à rentrer dans la chambre et au bout de quelques minutes – après le fou rire provoqué par la ponctualité de leur arrivée – on décide de descendre au lobby comme proposé. En bas c’est le coach de Macau qui nous accueille avec encore un autre jeu, une histoire de t-shirt à enlever en moins de 2 secondes … mais le bordel que c’est cette soirée je vous dis.

Très doucement l’idée d’aller dans un bar à l’extérieur commence à se répandre, mais on est une vingtaine pour la plupart alcoolisés donc l’inertie du groupe nous amène au bar vers 2h30 ou quelque chose comme ça. Sur le chemin vers le bar, Gabor m’attrape par l’épaule, le mec est complètement rincé, il doit avoir 2 grammes dans chaque bras. Je mets un petit moment à comprendre ce qu’il me dit : il me pointe une fille de son équipe qui marche avec nous, en me disant « fifteen, fifteen » en faisant la moue. J’aurais tout vu, quand même. Au milieu de la nuit dans les rues de Hong Kong voir un Gabor éméché garder le peu de lucidité qui lui reste pour faire un numéro de grand frère et demander au seul non alcoolisé de la soirée de garder l’œil sur la petite (parce que clairement d’ici peu il aura du mal à la distinguer de moi je pense), c’est un moment à vivre. Je le rassure et on on arrive au bar. Après une heure environ, on décide de rentrer avec Luca (les autres resteront au bar jusque 5h), et Gabor nous accompagne avec sa protégée. Enfin, je dis sa protégée, mais c’est elle qui lui évite de se faire écraser par une voiture deux fois de suite, elle qui corrige la route parce qu’entre les alcoolémies de Luca/Gabor et mon sens de l’orientation on serait jamais arrivé à l’hotel … On est finalement sur le bon chemin, quasiment arrivés, quand Gabor m’attrape une nouvelle fois par l’épaule et me dit « you … papa », « yes Gabor, I am going to be a dad », « I want see the baby », « Yeah sure Gabor, I’ll send you a photo as soon as he is born », « No, no I want see the BABY », je souris « OK, yes Gabor, I will bring him to a competition and you will see him » … Les hongrois c’est la palinka, des gros smashs, du goulash aussi mais parfois c’est juste des gros bisounours capables de vous surprendre 🙂

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *